Les Méritantes ou comment le monde du travail trahit les femmes ?

Lucile QUILLET

15 octobre 2025 aux Editions Les Liens qui Libèrent

Pourquoi ce livre?

Qui est Lucile ?

Lucile Quillet est journaliste, coach et conférencière française, diplômée du master de journalisme de Sciences Po. Elle dédie son travail à l’émancipation des femmes au sein de leurs vies privée et professionnelle. Depuis dix ans, elle écrit sur le travail des femmes (Madame Figaro, ELLE, Welcome to the jungle), d’abord par le prisme de l’empowerment pour comprendre et maîtriser les codes de l’entreprise. Elle est aussi diplômée de la Haute École de coaching.

Après Le Prix à Payer en 2021, son premier essai où elle évoque ce que le couple hétéro coûte aux femmes », adapté en 2024 en bande-dessinée avec Tiffany Cooper, elle réitère avec Devenir Badass au travail. Comme tant d’autres, elle a cru qu’à force d’ambition et de volonté les femmes pourraient “rattraper les hommes” sur le plan professionnel et atteindre l’émancipation, elle a bien conscience désormais que le monde du travail est pétri d’injonctions contradictoires.

Elle est membre de l’Observatoire de l’émancipation économique de la Fondation des femmes qui publie régulièrement des notes thématiques (« Le coût de la maternité », « Le coût de la justice pour les femmes victimes de VSS », « Le rôle de l’État dans la dépendance économique des femmes au couple »,etc.)

Elle a décidé en 2025, de sortir un nouvel essai « Les Méritantes, comment le monde du travail trahit les femmes », car les femmes ne sont pas le problème : c’est le monde du travail qui doit évoluer pour remettre la confiance et le mérite au centre. Par ces chroniques régulières dans la presse depuis plus de 10 ans et le coaching de nombreuses femmes, elle débusque les manques d’inclusivité, le sexisme, les diverses formes de discriminations qui affectent les femmes dans leur carrière et leur finance.

Le Sommaire de son livre – tout un programme!

INTRODUCTION: « Rattraper les hommes »

PARTIE 1 — Les femmes ont toujours travaillé

Chapitre 1 — Le mythe des débutantes

Chapitre 2 — Le travail des femmes n’a pas changé

PARTIE 2 — Les règles du jeu

Chapitre 1 — Règle n°1 : le syndrome du piquet

Chapitre 2 — Règle n°2 : le syndrome du champion

Chapitre 3 — Règle n°3 : le syndrome du courtisan

Chapitre 4 — Règle n°4 : s’intégrer à la « culture bro » en entreprise

PARTIE 3 — Les contorsionnistes

Chapitre 1 — Jongler comme au cirque

Chapitre 2 — Montrer patte blanche au travail

Chapitre 3 — Le corps des femmes n’existe pas

Chapitre 4 — Entre femmes : se diviser ou s’allier

PARTIE 4 — Le mépris du féminin

Chapitre 1 — Les doubles standards

Chapitre 2 — « Périphériser » le travail des femmes

Chapitre 3 — Sous-valoriser le travail des femmes

CONCLUSION — Renverser la table

Pourquoi la participation de Viviane de Beaufort ?

Viviane de BEAUFORT a souhaité apporté son expertise ou plutôt son vécu à ce livre inédit. Dans la partie « Les règles du jeu » , Viviane de BEAUFORT avertit tout particulièrement sur la figure quasi monarchique du dirigeant en France qui nourrit le “syndrome du courtisan” selon la formule de Lucile. La gouvernance est flattée et courtisée selon la professeure, contexte peu propice à la remise en cause des modèles existants. Les femmes y sont peu écoutées et contraintes de rentrer dans ce moule.

En dépit des lois Coppé-Zimmerman et Rixain, elle constate que les femmes présentes dans les conseils d’administration ont été trop souvent des “invité.es” silencieuses. C’est le témoignage de femmes formées dans le cadre du programme Women Board Ready Essec (présentation vidéo du programme ici) qui lui permet d’alerter sur cette difficulté systémique.

UN PAS DE COTE DE FEMMES DIRIGEANTES

Après de long mois d’interviews et d’analyses, l’enquête « UN PAS DE COTE DE FEMMES DIRIGEANTES ? » LES ENTREPRISES A L’ECOUTE ? Synthèse ETUDE 3 , publiée le 5 mai 2023, aide à clarifier les demandes qu’expriment désormais les femmes dirigeantes en France, alors même que les politiques publiques dont la Ioi Rixain du 24 décembre 2021 incitent fortement les entreprises à plus de mixité des espaces de pouvoir.

Marie-Pierre Rixain, députée de l’Essonne a proposé la loi qui porte son nom s’est exprimée: « Je retiens plusieurs points clés des interventions. Pour que les femmes puissent accéder au pouvoir – dans les entreprises, en politique -, il faut réinventer les codes, mais également les manières de travailler. Pour que les femmes puissent accéder au pouvoir et renouveler les pratiques professionnelles, il faut du temps, et être en mesure de se recentrer. Les entreprises ont tout intérêt à faire en sorte que chacun soit aligné avec soi-même »

Les femmes ambitionnent-elles encore de construire une carrière au sens traditionnel du terme ?

Leur manière de concevoir l’exercice du « pouvoir », de mener à bien leur mission professionnelle et d’équilibrer réussite professionnelle et personnelle les conduit à faire des choix, poser des conditions, voire faire un « pas de côté » et partir. Si elles sont en attente d’un accompagnement de l’entreprise sur des sujets autrefois relevant de la sphère privée, elles expriment surtout une attente forte sur le respect de valeurs et demandent de vrais changements allant au-delà d’un discours corporate lénifiant.

Quelques citations prégnantes au sein des interviews

Aujourd’hui l’interpellation du système est globale et tout le monde a plein la bouche du capitalisme responsable. Tout dépendra du jeu que jouera chaque individu et notamment les femmes pour que le concept de capitalisme inclusif et responsable devienne réalité.

Choc de valeurs qui interpellent. Motivations prégnantes peut être plus inattendues, tant les médias évoquent régulièrement les questions d’articulation carrière/ vie de famille et moins celles-ci.

  • Viviane Strickfaden (VS Management –  Women Board Ready Essec Alumna) confirme que le pas de côté s’explique par un écart de valeurs entre ce qui est affiché et ce qui est fait : les femmes concernées se sont senties déçues, trahies, même. Ne pouvant pas agir, ne disposant pas toujours des marges de manœuvre qu’on leur a promis, elles souffrent, se sentent fragilisées… et partent, non sans avoir eu à régler un conflit de loyauté. Ces femmes regrettent par ailleurs que d’autres (RH, dirigeants) aient décidé pour elles quelle devait être leur carrière (recruteurs, RH, dirigeants). Dans bien des cas, elles ont intériorisé le sentiment d’injustice qu’elles ressentent… mais pendant un certain temps seulement. Elles décident alors de tenter l’aventure de l’entrepreneuriat, quitte à se retrouver parfois en précarité financière. 

Nota: Les femmes ayant répondu à l’enquête sont des Alumnae du programme Women Board Ready – ESSEC qui constitue un vivier de parcours professionnels de haut niveau et divers en entreprise. Entre 2022 et 2023, il est frappant de constater que ce sujet inaudible devient clé et est abordé par des articles de presse et des rapports de de consultants. Il n’en reste pas moins que la recherche académique est encore rare sur le sujet, alors même que les entreprises sont interpellées par ce phénomène de prise de parole active et résolue de femmes à qui l’on propose les postes de plus haut niveau.

Témoignage de Viviane de Beaufort dans Les Méritantes

Dans la PARTIE 2 du livre – Les règles du jeu – Le syndrome du courtisan (culture du pouvoir, comités de direction, gouvernance).

Un mode de pouvoir encore très vertical, égotique et masculin, notamment au sommet des organisations (COMEX, directions, conseils d’administration) plutôt que des espaces de pouvoir lieux de débat ou de contradiction, on a longtemps considéré les conseils d’administration comme des chambres d’enregistrement de la parole du chef.

  • La hiérarchie reste fondée sur l’obéissance plus que sur l’intelligence collective.
  • La contradiction est perçue comme une menace.
  • Le pouvoir refuse d’être remis en question.
  • 👉 « Je suis le/la chef.fe, tu obéis. »

Ce que cela implique pour les femmes:

  • les femmes qui accèdent au pouvoir ne sont pas encouragées à transformer les règles, mais à s’y conformer ;
  • elles doivent souvent être lisses, consensuelles, non conflictuelles pour rester légitimes ;
  • celles qui osent questionner ou déranger sont perçues comme problématiques, et non comme compétentes.

Le problème n’est pas le manque de compétences des femmes, mais la nature même du pouvoir tel qu’il est organisé. Le monde du travail ne récompense pas le mérite réel, mais la loyauté, la mise en scène de soi et la soumission à l’ordre établi. Les femmes ne sont donc pas « insuffisamment préparées » au pouvoir. C’est le pouvoir qui est construit pour se reproduire à l’identique.

De récents travaux finalisés à l’ESSEC sur la féminisation des boards dans le CAC40 démontrent notamment que la très grande majorité ds femmes nommées sont des reproductions féminines des grands corps d’état et écoles qui constituent l’essentiel des bassins de recrutement des comités de direction, comités éxecutifs et conseil d’administration.

A lire également :

  1. https://jss.fr/post/6041 Féminisation des conseils d’administration et de direction dans les groupes du CAC 40 : état des lieux
  2. Le WP @ ESSEC : Féminisation des conseils d’administration et de direction dans les groupes du CAC 40 – Etat des lieux analytique – ESSEC Business School (hal-05049152 , version 1 (28-04-2025))