Ma 1ère réaction à « Humiliations sexuelles, homophobie, sexisme: voyage au sein des grandes écoles de commerce françaises » by I.RAIS

J’ai eu envie de réagir à cet article « Humiliations sexuelles, homophobie, sexisme: voyage au sein des grandes écoles de commerce françaises » publié après semble -t-il une longue enquête par  @Ibanrais le 6 JANVIER 2020 sur @Mediapart 

Le GRAIN de Sel @VdBeaufort

Cher Iban Rais je ne vous connais pas mais je m’adresse à vous pour engager le dialogue.Le 6 janvier, vous avez publié sur MediaPart un article documenté qui dénonce, à raison, une culture trop tolérante au « déviances » racistes ou sexistes qui a encore court dans les Grande Ecoles.

Engagée de longue date et de toute mon âme, sur ce combat du Respect d’autrui et des valeurs de tolérance et d’Egalité, je voulais vous donner des informations qui peut être ne vous sont pas parvenues, afin de compléter votre utile propos. J’espère que mon parcours parle pour moi et que vous voudrez m’entendre.

J’encourage la prise de parole sur ces sujets sensibles. Je me bats pour que cesse le déni, lutte pour que chacun affronte la réalité afin de la changer. Les journalistes font un métier difficile mais merveilleux, presqu’autant que celui de professeur :). Utiliser la magnifique liberté de presse implique de porter la responsabilité de ne pas passer à coté d’éléments qui changent les perspectives d’un sujet.

Je vous écris comme référente Égalité Femme / Homme à l’ @ESSEC , indépendante je le précise, mais surtout au titre de femme engagée, de mère d’une jeune femme et depuis 2 mois grand-mère d’un petit bonhomme qui sera élevé dans les valeurs de Respect de l’Autre et d’Egalité, fier d’une partie de ses origines (Les Balkans) que je ne manquerai pas de lui rappeler, si par chance, je suis en vie quand il aura l’âge de comprendre…

Je voudrai souligner quelques passages concernant l’ESSEC, car après plus de 2 ans de travail intense et difficile sur ces sujets, je suis malheureuse en lisant: « rien n’est fait » ! 

  1. « Les directions de …  l’Essec ont répondu qu’elles avaient pris des mesures ces dernières années. Mais pas de trace ici des dispositifs en cours d’installation : aucune de ces écoles n’a nommé de référents formés aux violences sexuelles et sexistes, ni mis en place de cellule d’écoute dédiée…Quant à l’Essec …Rien. Les étudiants victimes de harcèlement ou de violences sexistes ou sexuelles sont démunis. »

La rédaction collective d’une Charte de Respect d’Autrui et la mise en place d’un dispositif de prévention et de sanction complet ont été ma réponse – En voilà quelques éléments.

Une CHARTE DE RESPECT d’AUTRUI

Même si depuis la signature de la Charte Egalité Femmes/Hommes de la CGE en 2014, une Commission d’engagé.es bénévoles, rattachée au Directeur Général et que j’anime travaille sur 8 axes susceptibles de faire avancer le « Women Empowerment » au sein de l’école, il m’a semblé et ma démarche a été soutenue qu’une approche globale visant à lutter contre tout comportement sectaire était préférable.

On a donc agi pour faire prendre conscience qu’un acte sexiste est une manifestation de non-respect de l’Autre, comme l’est une parole raciste ou homophobe , une insulte, etc. pour obtenir un changement de culture et le tolérance 0 à l’égard du sexisme et de tout autre acte ou parole intolérante!

La Charte a été impulsée par l’engagement de la Direction Générale afin que ce texte ne soit pas « un texte de plus, sans incidence sur votre et notre vie de tous les jours. Ce texte engage l’école et toute sa communauté, car les temps ont changé. Les nouvelles générations sont plus exigeantes en matière de respect de la diversité et d’égalité femmes-hommes et c’est heureux. L’ESSEC doit être en pionnier sur un tel combat de société. » Vincenzo Esposito Vinzi (DG ESSEC BS)

La participation des parties prenantes est essentielle mais co-construire avec les responsables des programmes et de la vie étudiante, des professeurs et cadres de la pédagogie, des juristes, nos psychologues et surtout des étudiant.es et associations étudiantes a eu comme incidence une maturation longue (18 mois) et demeure un exercice complexe à gérer. Cet exercice de démocratie participative requiert patience et écoute mais c’est le seul moyen de faire adhérer.

Janine Mossuz-Lavau, interviewée dans votre article souligne que « c’est aux étudiant.es de prendre les choses en main. Alerter, créer des associations, militer ». J’en suis heureuse, car c’est ce que nous avons impulsé avec succès. La Charte élaborée avec les associations étudiantes a été modifiée sur leurs suggestions. Par exemple, j’avais omis la question importante de l’homophobie et l’association DIVERSCITY me l’a souligné, MELT ESSEC, pour Multicultural ESSEC Link Together qui intègre les étudiants internationaux à la vie de l’ESSEC a insisté sur le problème du racisme à l’égard des étudiants chinois nous conduisant à sensibiliser les ESSEC concours. Puis adoptée dans les instances étudiantes en Novembre 2018 puis par le CSE en avril 2019 ; diffusé en bilingue et en mode multi-canaux avec la liste de la trentaine de référents engagés au sein de l’institution et des associations étudiantes inclus des conseillers psychologiques. Tous exerçant ce mandat supplémentaire sur la base du volontariat.

Un déploiement continu, des améliorations progressives

Un processus global a été construit afin de sensibiliser notre collectivité pour prévenir au maximum les déviances de comportement, mais aussi accueillir une victime, être en mesure de la soutenir et d’instruire une plainte, puis selon procéder à une réparation parfois symbolique parfois concrète et sanctionner, dans le respect du principe de proportionnalité l’auteur/e ou les auteur/es de la faute. Depuis la rentrée 2019, chaque étudiant reçoit la Charte dans son dossier d’accueil et la signe ; il en est de même pour un nouveau collaborateur. Elle est présentée et discutée lors d’ateliers de rentrée et a fait l’objet de présentation aux collaboratrices et collaborateurs ESSEC. Une formation sur la responsabilité juridique des Bureaux des Associations a été rendue obligatoire.

Est en cours : l’intégration dans les règlements internes et l’étude d’une solution de signalements via une plateforme numérique proche de celle utilisée pour les lanceurs d’alerte, l’intégration dans les cours de Management interculturel de ces questions, une campagne de communication orchestrée par la direction de la communication et l’association référente Heforshe…

Pour faire vivre et appliquer la Charte au quotidien :  la Commission « Respect d’autrui »

Des ambassadeurs des divers programmes et services ont donc été nommés et formés. Ils interagissent entre eux sous ma responsabilité et partagent dans un drive documents et questions, expériences. Un legal advisor, le secrétaire général et des conseillers psychologues sont mobilisables pour constituer une Commission ad hoc au sein de la Commission Egalité F/H. Elle instruit des cas (à ce jour 9 en un an) et émet un avis. Selon la gravité, elle sensibilise, avertit, propose auprès des instances disciplinaires concernées qui statuent selon les procédures prévues. Elle fait également un suivi et un reporting global annuel et travaille directement en transversal, avec les différents services: études, RH, communication.  

Le rôle majeur des étudiants

Si chacun est désormais sensibilise et censé s’engager à respecter la Charte, l’association Heforshe ESSEC dirigée par un duo mixte est la tête de pont. Je leur ai proposé d’être membre de droit de la Commission Egalite Femme/Homme ce qui tout en préservant son autonomie assure le soutien de l’ESSEC pour ses iniatives. Ils ont mis en place de nombreuses mesures et d’autres sont à venir : une « blacklist » d’étudiants ; une campagne de sensibilisation sur les agressions sexuelles sur les RS ; un système de recours auprès d’un référent étudiant du BDE ou d’HeForShe, celui ou celle-ci étant ensuite ne mesure d’alerter l’école ; enfin depuis peu, des ambassadeurs de la Charte veillent lors des soirées.

Alors oui le chemin est long, non la culture ne se change pas en un claquement de doigts mais par respect pour ceux et celles engagé.es dans le combat, ne dites pas s’il vous plaît qu’« aucune de ces écoles n’a nommé de référents formés aux violences sexuelles et sexistes, ni mis en place de cellule d’écoute dédiée ».

Je reste à disposition pour vous adresser tout élément complémentaire (vidéos des sessions de formation, ppts sur les aspects légaux, lien avec HeforShe ESSEC, liste des référent.es, participation à l’Observatoire des Violences Sexuelles et Sexistes dans l’Enseignement
Supérieur…Tout ce que vous pourrez trouver utile.

Plus factuellement sur 2 éléments que vous citez et qui sont en effet ABSOLUMENT non tolérables…

«  L’Impertinent. Jusqu’en 2017, ce journal a propagé rumeurs, ragots de soirée et autres méchancetés gratuites, sexistes et racistes ».

En 2017, l’ESSEC a pris les mesures pour que l’association soit dissoute lorsqu’une jeune fille a signalé qu’elle avait été maltraitée dans le journal. A l’origine l’Impertinent était de qualité et impertinent, un journaliste pourra donc être sensible au fait que l’ESSEC a laissé le journal se développer au nom de la liberté de la presse et de l’autonomie de la vie étudiante et que nous ne sommes intervenus que lorsque nous avons été saisis d’une plainte d’étudiante, signal clair que les étudiant.es ne cautionnaient plus ce type de propos dérapant donc qu’il nous appartenait d’intervenir. Sensibilisée, la dernière présidente, une fille a choisi de mettre fin à l’association.

Le bar théâtre d’un sexisme d’un autre âge. Au Foy’s, …« Big Buck », tête de renne empaillée recouverte de soutiens-gorge. Laurianne… : « Les barmen mettent énormément de pression sur les filles. Ils menacent d’arrêter la musique ou d’arrêter de servir si on ne lance pas un certain nombre de soutifs sur Big Buck. Interrogée, la direction nous a répondu début décembre que tout cela était du passé.

Je confirme que ces pratiques n’ont plus cours parce que les étudiants ont d’eux-mêmes cessé de trouver ça « normal et drôle ». C’est ça le plus important. Cette bataille est gagnée lorsque chacun individuellement et en groupe a pris conscience que ces propos ou actions sont intolérables. A cet égard, il est malheureux que des SG aient été laissés comme trophées « d’un autre âge », jusqu’en fin novembre 2019. J’acte que le nouveau président du Foy’s les a fait ôter spontanément et que des engagements précis ont été pris à cet égard.  J’acte et regrette personnellement que cela ait tardé car vous avez raison, ce genre de débilités relève d’une autre époque!

J’ai connaissance, hélas, d’autres dérapages puisque je me trouve au cœur du système de plaintes que nous avons construit. Croyez bien que chaque fois nous instruisons et vite, inclus à 23H le soir et les WE. Récemment j’ai passé avec une autre référente une partie de mes vacances de Noël sur un dossier pour aider une étudiante en demande. Ainsi, nous répondons, nous protégeons , nous sanctionnons….Espérant tant qu’entre les actions de prévention et les sanctions nous arriverons vite au changement de culture attendu.

Le processus de prévention et de réparation est largement enclenché depuis un an ! Janvier 2020, est l’anniversaire de l’application de « notre Charte ». Nous avions prévu un rappel a tous les étudiants et de revoir les processus et en tirer bilan, de compléter encore avec nos étudiant.es : filles, étrangers, homosexuels et jeunes garçons de bonne volonté qui s’engagent. Vous nous avez donné une super occasion de le faire. Merci à vous !

Si vous avez le projet de faire un Article 2 pour expliquer les mesures qui doivent être prises, je suis « Votre homme » ;).

La Commission Egalite F/H de la Conférence des Grandes Ecoles travaille à un Livre blanc des bonnes pratiques avec les écoles engagées, dont l’ESSEC fait partie qui permettra d’échanger et de s’inspirer des autres pour faire cesser ces comportements choquants.

C’est un combat difficile, menons le ensemble, c’est ce que je nous souhaite en ce début d’Année 2020