Actualité de CHALLENGES par Anne-Marie Rocco le 24.04.2018
Schneider Electric ce 24 avril, Axa et Eiffage le 25, Danone et Kering le 26…Les assemblées générales annuelles des actionnaires sont appelées à approuver les nominations de nouveaux administrateurs des grands groupes français. Après la chasse aux administratrices déclenchée par la loi de 2011 instaurant des quotas, 2018 marque le grand retour des hommes dans ces cercles de pouvoir.
Les assemblées générales se succèdent en avril-mai pour les grandes entreprises françaises.
GONZALO FUENTES
Le petit vent de  » folie  » (relative) qui avait traversé les nominations d’administrateurs depuis 2011 est-il définitivement retombé ? Pour s’adapter à l’exigence de féminisation imposée par la loi Copé-Zimmermann sur les quotas, les grandes entreprises françaises avaient été contraintes de faire preuve d’une certaine imagination. Elles avaient demandé aux cabinets de chasseurs de tête de leur présenter des profils encore inédits dans leurs conseils d’administration : créatrices d’entreprises, femmes de la finance ou du numérique, dirigeantes anglo-saxonnes…La cuvée 2018 des nouveaux administrateurs, dont les nominations doivent être confirmées par les actionnaires lors des assemblées générales du printemps, annonce le retour à des pratiques plus traditionnelles. Avec une proportion de 70,7% d’hommes contre 29,3% de femmes, selon les calculs d’Ethics & Boards.
 » On constate la nomination d’un plus grand nombre d’administrateurs hommes très confirmés « , résume Floriane de Saint-Pierre, présidente fondatrice de ce cabinet spécialiste de la gouvernance. Cap Gemini fait ainsi entrer Frédéric Oudéa, le PDG de la Société Générale, dans un conseil d’administration qu’il a, au préalable, décidé de  » resserrer  » (13 sièges au lieu de 16), arguant de la nécessité d’une  » cohésion  » renforcée. Engie aussi fait le choix de la séniorité, en accueillant Ross McInnes, l’ancien patron franco-australien de Safran, et Jean-Pierre Clamadieu, actuel PDG du groupe belge Solvay, qui doit lui trouver un successeur d’ici l’été prochain.
Car Clamadieu, qui rêvait de rentrer en France, n’aura plus assez de temps pour tout mener de front : à Engie, il doit prendre la succession de Gérard Mestrallet à la présidence du conseil d’administration. Un poste qui aurait dû être regroupé avec celui de la directrice générale, Isabelle Kocher. L’ancienne directrice financière serait alors devenue première femme PDG du CAC 40. Mais l’Etat actionnaire, bien qu’ayant décrété l’égalité femmes-hommes grande cause nationale du quinquennat, ne l’a pas souhaité ainsi. C’est donc Clamadieu, 59 ans et déjà administrateur de l’assureur Axa, qui s’est  » dévoué  » pour tenir le rôle du chaperon. Tout en acceptant également d’entrer au conseil d’administration d’Airbus, où il succédera à l’ancien banquier central Jean-Claude Trichet.
Quelques femmes « poids lourds »
« Un certain rajeunissement est en cours, même si beaucoup de nominations concernent des hommes et quelques femmes « poids lourds », comme Patricia Barbizet, nommée au conseil d’Axa », souligne Floriane de Saint-Pierre. Ainsi Patrice Caine, PDG de Thales, et Axel Dumas, gérant d’Hermès International, tous deux âgés de 48 ans, font leur entrée au conseil d’administration de L’Oréal. Deux profils solides, tout comme celui de la future administratrice d’Orange, Christel Heydemann, polytechnicienne de 43 ans et présidente de Schneider Electric France.
Quelques autres tendances sont à noter dans cette promotion 2018. Les directeurs financiers restent très recherchés, tels Jérôme Contamine (Sanofi) au conseil de la Société Générale, Cécile Cabanis (Danone) au conseil de son employeur ou Sophie Stabile (ex-Accor) chez Ingénico. La Chine aussi continue d’intéresser, comme le montrent l’arrivée de l’avocat Victor Chu au conseil d’Airbus ou de Rachel Duan chez Axa ; la directrice générale de General Electric en Chine y remplace une autre Chinoise (de Singapour), Fern Suet Lee. Enfin, les personnalités politiques confirment leur compatibilité avec les affaires, avec l’arrivée de Fleur Pellerin chez Schneider Electric, et celle de l’ancien député (UMP) du Tarn, Bernard Carayon, qui doit prendre la succession de Bernard Michel à la présidence non exécutive de la société foncière Gecina.