Si l’élection d’Emmanuel Macron a remis l’entreprise et ses bâtisseurs sur le devant de la scène, il devient urgent de réfléchir à la voie sur laquelle nous conduira cette opportunité. Alors que les promesses de la “Startup Nation” portent une vision durable, responsable et écologique de l’entreprise, les fondements inégalitaires de notre société économique persistent, au risque de pervertir les nouveaux espoirs de l’entrepreneuriat français. 

Alors que les entreprises qui fondent les piliers économiques de la France redoublent d’inventivité pour s’adapter aux mutations du pays, une nouvelle génération, plus audacieuse et résolument innovante, émerge en s’appuyant sur des modèles de flexibilité et de dynamisme. Depuis le lancement de la French Tech, l’environnement économique français cajole les startups, ces jeunes pousses au fort potentiel de croissance dans lesquels reposent tous nos espoirs. On repense notre perception de l’entreprise pour se recentrer sur ce qui génère de la valeur : la créativité, l’audace et l’innovation.

L’entrepreneuriat français se réinvente inéluctablement : le nombre de startups financées par la BPI a doublé entre 2013 et 2016 et l’on compte aujourd’hui deux fois plus de fonds d’investissement en France que chez nos voisins allemands, pourtant régulièrement cités en exemple par nos économistes locaux. La France crée, ose et attire ainsi 2,3 milliards d’euros d’investissements en 2016 soit une croissance fulgurante de 22 % en un an, la plus haute parmi nos voisins européens. Personne ne peut nier l’existence d’un « momentum », un élan entrepreneurial français qui s’exporte à merveille comme en témoigne par exemple le nombre de startups françaises présentes au CES de Las Vegas a doublé entre 2015 et 2016.

Cette dynamique n’a pas échappé au président Macron qui, avec la suppression du RSI et la baisse de l’impôt sur les sociétés, a commencé à abattre des cloisons jusque-là infranchissables. Mais pour que ce « moment » entrepreneurial ne reproduise pas les schémas du passé, il paraît indispensable de l’ancrer dans la durée plutôt que dans une simple politique conjoncturelle.

Si le rêve entrepreneurial français s’érige en aventure nationale, force est de constater qu’en 2016, seules trois femmes présidaient l’une des 120 entreprises françaises cotées au SBF120. Une collision tragique contre le « plafond de verre » qui nous semble d’autant plus provocante, six ans après que la promulgation de la loi Copé-Zimmermann ait introduit un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises cotées.

Pourtant, l’espace de travail est considéré comme une instance de socialisation dite secondaire, selon la dichotomie d’Emile Durkheim, qui influence donc en permanence la mentalité et l’agir des citoyens en société. Si c’est par le travail et l’indépendance financière que les femmes se sont émancipées de la domination masculine dans les années 60, cette sphère continue aujourd’hui de reproduire de profondes inégalités, notamment dans les instances dirigeantes.

Le seul coût des inégalités d’accès à l’emploi et aux postes qualifiés suivant le sexe s’élèverait à plus de 145 milliards d’euros sur le PIB (France Stratégie, 2016), un handicap dont les nouveaux modèles entrepreneuriaux peuvent s’affranchir, en échange d’une vision économique durable. Car si la parité et la diversité représentent un gain pour l’entreprise mais aussi pour notre société, pourquoi se priver de la moitié de notre potentiel d’innovations et de croissance ?

Aujourd’hui, le rêve entrepreneurial français reste manifestement exclusif : si 30 % des entrepreneur·e·s sont des femmes, seules 13 % des sociétés fondées par des femmes comptent plus de deux employés alors que les TPE dirigées par ces dernières ont 38,5 % moins de risque de faire faillite que celles dirigées par les hommes. On ne peut donc nier l’existence d’un potentiel entrepreneurial inexploité en France, dont les causes sont identifiables du côté de la place des femmes au sein de la société, et du foyer familial.

Car la désignée charge mentale, ou le travail d’organisation, de gestion et de planification quotidien de la vie familiale par la femme, implique pour les entrepreneures de mener une double vie, parfois à la limite du soutenable. Si la gestion d’une entreprise en pleine croissance est une responsabilité à plein temps, l’entrepreneure, elle, doit gérer une véritable PME en rentrant dans son foyer. Ce fardeau psychologique, qui reste principalement imposé aux femmes, pèse lourdement sur les capacités entrepreneuriales de notre économie.

Afin de nous épargner ce gâchis et redonner à la France un souffle entrepreneurial durable, nous appelons le Président de la République Emmanuel Macron, la ministre du Travail Muriel Pénicaud ainsi que la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa à proposer des mesures concrètes afin de libérer les femmes à la fois de leurs charges mentales quotidiennes, mais aussi des contraintes matérielles qui leurs sont apposées.

Congé paternité, chèques emploi-services ou encore responsabilisation des garçons dès l’école : de nombreuses pistes libératoires existent d’ores et déjà. Nous attendons désormais des actions politiques concrètes afin de permettre aux femmes de s’impliquer pleinement dans le développement de leur entreprise et ainsi libérer le potentiel du « momentum » entrepreneurial français.

 

Source: https://www.maddyness.com/entrepreneurs/2017/11/22/tribune-pour-que-la-startup-nation-se-transforme-en-licorne-responsable/

Florie Reitiger

Après 3 ans en alternance à l'ESSEC Executive Education, j'assiste aujourd'hui Viviane de Beaufort en tant que Chargée de mission sur les Women programmes. Je gère le marketing, la commercialisation et la communication de ces formations et j'assiste Viviane sur le développement du Club Génération #startuppeuse.