Grands groupes, avez-vous encore intérêt à collaborer avec des startups ?


Les grandes entreprises ont l’avantage non négligeable de disposer des ressources, des capitaux, des utilisateurs et du pouvoir de distribution leur permettant de se lancer dans de nouveaux projets sans pour autant prendre d’immenses risques. Elles sont également expertes dans l’exécution de modèles commerciaux connus, tout en bénéficiant d’économies d’échelle (leur taille, en soi, génère des avantages en termes de coûts internes et externes ou de recrutement de talents).

Génial, non ? En partie. Car les structures mêmes qui ont permis à ces entreprises de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui sont également celles qui les freinent : au fur et à mesure qu’elles grossissent, elles doivent mettre en place des processus rigoureux pour s’assurer que les ressources sont affectées de manière appropriée. En découlent des processus rigides, une gestion bureaucratique et surtout, une aversion pour le risque et la créativité. Un véritable gouffre d’innovation, alors qu’au même moment de jeunes pousses agiles, qui n’ont rien à perdre, pénètrent les marchés avec des offres moins chères et plus novatrices.

Innover rapidement pour suivre le mouvement

Mais alors, comment innover efficacement lorsque l’on est un grand groupe ? L’innovation requiert la volonté de commencer sans hypothèses pré-établies et sans tenir compte de la façon dont les choses ont toujours été faites. Une véritable difficulté pour les grandes entreprises : plus le nombre d’idées reçues et de processus à supprimer sera important, plus la stratégie d’innovation sera difficile et lente.

Et c’est là que le rôle des startups prend tout son sens. Avec un potentiel de croissance rapide et la capacité de générer en permanence de nouvelles idées, les jeunes entreprises constituent en effet une solution prometteuse pour trouver rapidement des opportunités d’innovation. S’entourer d’un bon écosystème de startups s’avère ainsi plus efficace pour raccourcir les cycles d’innovation, améliorer les modèles commerciaux existants et en inventer de nouveaux de manière plus rapide et efficace.

« Les enjeux de l’innovation ouverte -open innovation- sont nombreux. Pour certains grands groupes, cela peut permet de donner une accélération à leurs innovations afin de répondre plus rapidement aux nouvelles attentes de leurs clients. Pour d’autres, le travail avec des startups, puis leur éventuelle acquisition, est un moyen d’opérer leur transformation digitale, pour améliorer les process et gagner en efficacité et productivité. D’autres encore y trouvent un moyen de mieux maîtriser l’apparition de nouveaux acteurs et concurrents », explique Céline Burier, Chef de projet Innovation à la CCI Versailles-Yvelines, en charge de l’Open Connect Lab, un accélérateur d’expérimentation entre startups et grands comptes.

Un avis que partage Enedis. Le Groupe, qui développe depuis plusieurs années un programme d’innovation basé sur la participation de ses agents internes, mais aussi sur ses partenaires externes, reconnait l’intérêt que peuvent avoir les startups dans son évolution. « Un grand groupe comme Enedis a besoin de se nourrir de partenariats avec des structures agiles qui permettent d’accélérer l’adaptation de nos process au monde qui nous entoure », indique Thomas Bourdeau, directeur territorial du Groupe.

Un modèle gagnant-gagnant

Si elles veulent être plus agiles et innovantes, les grandes entreprises devront ainsi s’appuyer sur leurs homologues plus petits. En échange, ces derniers pourront profiter de ce qui leur manque pour grandir : de la visibilité, de la main-d’œuvre, des installations, ou encore du réseau.

« Souvent, les startups ont besoin de tester leur concept, leur service, leur produit et leur marché en grandeur nature. Et elles peuvent obtenir un retour immédiat sur leur projet grâce aux grands groupes plus expérimentés tout en développant du business », précise Céline Burier, avant d’ajouter « Il est essentiel pour la startup de développer des références clients qui génèrent un effet de levier pour le reste de leur développement commercial. Cela leur donne une plus grande crédibilité, notamment auprès d’investisseurs potentiels qui verront cette collaboration comme un gage supplémentaire de la viabilité du projet. » 

Pour Thomas Bourdeau, l’essentiel est de bien analyser la valeur ajoutée que chacun peut apporter à l’autre : « Le grand groupe a une capacité de déploiement de solutions à grande envergure, la startup a une agilité et une connaissance fine de certaines technologies prometteuses. Les deux parties doivent y trouver leur compte », explique-t-il. « Mais finalement, en apprenant à travailler ensemble, nous nous rendons compte que ces deux mondes sont extrêmement complémentaires. »

Des paramètres de collaboration à définir

Alors, par où commencer ? Quels sont les paramètres à prendre en compte, des deux côtés, pour trouver le bon partenaire de travail ? Selon une étude publiée par MassChallenge et Imaginatik en 2016, une stratégie juste et bien définie serait, de loin, le critère le plus important d’une collaboration réussie. Avant de collaborer avec des startups, définissez donc l’objectif stratégique que vous souhaitez résoudre, en analysant notamment vos forces, vos faiblesses, les opportunités recherchées par votre entreprise et les domaines offrant la croissance la plus attractive.

Autre point important : les mécanismes de collaboration, tant au niveau du temps disponible que des ressources humaines allouées au projet. Combien de temps, par semaine ou par mois, comptez-vous impliquer vos équipes sur le sujet ? Comptez-vous avoir des équipes dédiées ? Quels en seront les référents et les interlocuteurs privilégiés ?

« Comme pour tout projet, les facteurs clés de succès se situent dans son cadrage (avec notamment un objectif clair et commun), une définition claire des règles de collaboration, une implication de tous les acteurs très en amont et une communication régulière et bienveillante pour établir un bon climat de confiance entre toutes les parties prenantes », insiste Céline Burier. « La rédaction de la convention de partenariat doit être faite avec la plus grande vigilance. Le temps de son élaboration peut être long ». 

Attention également d’avoir des attentes réalistes vis à vis des startups impliquées et surtout, d’être prêt à revoir vos process internes pour collaborer au mieux avec elles. Il faudra donc, en tant que grand groupe, maintenir une approche flexible et ouverte pour trouver des solutions pouvant convenir à toutes les parties : « Le temps de la startup est différent de celui du grand groupe, le temps de l’action, tout comme celui de la prise de décision. L’enjeu est de réussir à intégrer la startup sans trop la brider ou la ralentir, au risque d’entamer sa capacité d’innovation, tout en la maillant efficacement avec les équipes en interne pour obtenir un réel impact sur le cœur de métier », précise Céline Burier.

Enfin, n’hésitez pas à vous appuyer sur des structures externes afin de trouver les bons partenaires, en fonction de votre secteur et de vos attentes. Le dispositif Open Connect Lab, par exemple, facilite la mise en relation entre, d’un coté, les grands groupes ou les ETI engagés dans l’exploration d’idées neuves et, de l’autre, des startups ou PME innovantes qui souhaitent confronter leur innovation au marché dans le cadre de projets d’expérimentation. Les appels à expérimentation sont déposés sur la plateforme Open Connect Lab et relayés dans un réseau de plus de 300 lieux d’innovation. « Cela permet aux grands groupes d’avoir un sourcing efficace et confidentiel de startups à potentiel, aux niveaux régional et national », explique Céline Burier.

Trouver un équilibre entre sa taille importante et son besoin d’agilité n’est pas chose aisée, mais ne demande en aucun cas d’abandonner l’un pour l’autre. La collaboration entre les deux mondes grands groupes/startups s’est, dans de nombreux cas, révélée mutuellement bénéfique. À vous, donc, de trouver le juste milieu.

Maddyness, partenaire média de la CCI IdF

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